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Prévention du suicide - Comme monsieur Lazhar

Les tabous sont souvent aussi rigides que les préjugés qui leur ouvrent la voie. Voilà ce qui brouille les canaux de communication autour du suicide, qui trône pourtant au sommet des problèmes de santé publique. Dans le sillage d'un seul suicide, combien de vies meurtries? Tout cela commande qu'on sache enfin comment en parler afin de prévenir et de soutenir.

Dans la classe de feu Martine Lachance, il y a des sujets tabous, comme le suicide. Depuis ce sinistre mercredi soir où leur enseignante a stoppé sa vie, il n'y a que ça pour les habiter et les hanter, mais les élèves de Martine jouent les vaillants petits soldats, remisant tous ces pourquoi qui font mal au coeur. Jusqu'à ce qu'un attachant professeur tout frais débarqué d'Algérie laisse libre cours aux confessions. Brave monsieur Lazhar...

La capacité de Bachir Lazhar à nommer le suicide est-elle liée à une culture et des référents sociaux différents, ou à une histoire personnelle marquée elle aussi par la mort? Dans le succès du film de Philippe Falardeau, en route vers les Oscar, il y a peut-être une forme d'approbation sociale silencieuse... On voudrait tous être habités par la sensibilité de monsieur Lazhar. Mais les tabous sont pesants, au point de créer autour de dossiers aussi criants que le suicide l'impression d'une indifférence collective, causée par l'incapacité de nommer la détresse qui pousse quelqu'un à vouloir s'effacer du tableau de sa propre vie.

Parler. C'est le choix de monsieur Lazhar, envers et contre les volontés de parents bornés ou d'une direction d'école coincée. Parler. C'est le choix de la cinéaste Marquise Lepage, qui nous livre ci-contre en tout respect et avec tendresse un morceau de l'histoire de sa soeur Diane, qui n'est plus. Parler. C'est un choix difficile à faire au moment où un proche sombre doucement ou violemment dans ce désespoir qui tue. Parler. C'est ce qui reste à tout l'entourage d'un disparu pour tenter d'apaiser une douleur envahissante.

Chaque année, en plein coeur d'une semaine de prévention, les statistiques de cette mort définitive pour souffrance temporaire sont sagement alignées. Combien d'hommes, combien de jeunes, de tentatives ratées, de signaux de détresse expédiés, parfois captés. Puis, les soubresauts de l'actualité replacent le suicide à la une, comme les derniers mois l'ont tragiquement démontré. Sous les projecteurs, il y eut les vies effacées d'un accusé, d'un policier, d'une élève intimidée. Dans l'ombre et le silence, il y eut aussi des centaines d'anonymes évanouis, laissant derrière un indescriptible chaos.

Les théories du suicide échouent dans leur tentative d'englober des parcours uniques. De la même manière, les cadres généraux plaçant les «dépressifs» dans une même case réussiront tout au plus à tracer quelques profils, mais perdront au passage tout ce qui «personnalise» la maladie, lui donnant une facette à la fois fascinante et complexe.

Voilà ce qui rend le défi de la communication encore plus périlleux. Les experts ont établi des connexions directes entre le babillage médiatique autour d'un suicide et le passage à l'acte chez certaines personnes au bord du gouffre. De la même manière, on constate l'incapacité à évoquer en groupe la dépression majeure, alors que ce trouble mental touche un effarant nombre de personnes. Trop parler ou pas assez?

L'appel justifié à un silence respectueux de la part des médias ne devrait pas inciter la population entière à se taire. Avec une fraîcheur du regard émouvante et une rare sensibilité, Monsieur Lazhar nous en fait une admirable leçon. Une leçon de maître.
 
 
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  • Yvon Bureau - Abonné
    8 février 2012 08 h 42
    Heureusement, on peut diminuer le nombre des suicides
    Et de beaucoup. Le Québec a réussi à le diminuer dans tous les groupes d’âge (félicitations), sauf dans celui des aînés : il serait même en croissance, malheureusement. Et surtout chez les finissants de la vie. C’est comme si, pour plusieurs, le suicide est la seule option, face à un mourir sans sens, dégradant, douloureux et indigne.

    Une autre option s’en vient, heureusement. C’est l’aide médicale active à mourir, balisée et contrôlée, si nécessaire et si librement voulue par le finissant de la vie. Je connais de nombreuses personnes qui n’utiliseront pas le suicide pour terminer leur mourir ou leur fin de vie, si elles ont la garantie de leurs docteurs de cette aide possible de compassion et d’ultime respect.
    Bref, la possibilité de ce soin approprié et personnalisé de fin de vie fera diminuer drastiquement le nombre des suicides chez les aînés. Pour le bien de tous.

    Il est encore temps pour l’AQPS de demander à la Commission parlementaire sur la question de mourir dans la dignité de continuer à ne parler que de cette aide médicale active ou d’euthanasie sous conditions, comme en Belgique. Comme l’ont fait bien des corporations professionnelles. Comme l’a demandé André Pelletier de Baie-Comeau, un ardent préventionniste du suicide : http://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/AudioVideo- grâce, cessons au plus tôt de parler de suicide assisté en fin de vie et aidons ainsi le Québec dans son travail de prévention au suicide.

    Une terminologie appropriée favorisera la prévention du suicide chez les jeunes et les adultes.

    En cette semaine de prévention du suicide, comment ne pas nous émerveiller et féliciter l’AQPS et ses généreux bénévoles dans leur si précieux travail pour notre société québécoise.

    Pour le finissant de la vie, que l’aide médicale active à terminer sa vie soit une option, pour le mieux-être de tous, tant proches que soignants. Toujours en libre-choix, bien sûr.

    www.yvonbu
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  • Elisa Soulieres - Inscrite
    8 février 2012 09 h 55
    Attention aux termes Madame Chouinard et Monsieur Bureau
    À Mme Chouinard: Votre article m'a beaucoup plu et tout y est vrai sauf l'expression "tentatives ratées". C'est une tentative, point. Un suicide n'est pas réussi ou raté. Si la personne décède, c'est un suicide, si la personne survit, c'est une tentative. La détresse était la même et il ne faut jamais penser que le suicide puisse être un acte de courage ou de lâcheté. Ce n'est ni un ni l'autre. Pour le reste, chapeau. Beaucoup de sensibilité.
    À M. Bureau: Votre raisonnement est faux. Vous pensez que les personnes qui se suicident souffrent et n'auraient pas dû poser un tel geste, mais vous pensez en même temps que les personnes en fin de vie ne vivent pas la même chose et veulent mourir dans la dignité. Les personnes en fin de vie souffrent de la même manière que celles qui pensent au suicide. Si on aidait les personnes en fin de vie, qu'on contrôlait mieux leur souffrance et qu'on les accompagnait dans la mort (que ce sujet est aussi tabou!), ils ne souhaiteraient plus devancer cette mort. La mort ne fait plus partie de la vie, on l'évacue et on la rend comme la société: productive et rentable financièrement. C'est une honte! Cela deviendra de l'incitation au suicide que de permettre ce que vous appeler l'aide à mourir. Des gens sentiront qu'ils n'ont plus de valeur aux yeux de la société et puisqu'ils n'y apportent plus rien et qu'ils vont mourir de toute façon, autant précipiter les choses. Le même raisonnement s'applique aux foetus. Si on sait qu'il sera mal formé et malade, autant l'éliminer tout de suite. La vie est plus grande que nos considérations économiques. Je crois en la préservation de la vie, mais jamais je ne jugerai la souffrance d'une personne qui a recours à ces méthodes. J'accueillerai la mère avortée, la personne malade en fin de vie et la personne souffrante qui songe au suicide ainsi que ceux et celles qui seraient laissés derrière. Elles ont toutes la même valeur et mérite notre
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  • tohi1938 - Inscrit
    8 février 2012 14 h 38
    Bon article, Merci Madame!
    Bien pensé, bien écrit, très sensé, plein d'empathie de chaleur et d'humilité, et surtout à des années lumière de ce que vous écrivez d'habitude sur le Canada et la Province de Québec.
    Je vais recommencer à vous lire avec des yeux neufs.
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  • Marie-Claude Bibeau - Inscrit
    8 février 2012 18 h 27
    Prévenir à tous les niveaux.
    La semaine de prévention du suicide est dorénavant une semaine importante à mes yeux puisqu'il y a un peu plus d'un an, mon père s'est suicidé. Avec mes proches, ce sujet n'est heureusement pas un tabou, ce qui aide à cheminer dans le deuil. Le fait d'en parler par le biais d'un film et dans les médias de façon adéquate (en évitant de parler des moyens entres autres), dans le but qu'effectivement ce sujet devienne moins tabou est une bonne chose. Cependant, dans le cas d'un film (ex: M. Lazhar, Funkytown) ou d'une série télévisée (ex: Trauma) , je crois qu'il est souhaitable d'informer le public qu'une scène où l'on VOIT une personne qui s'est enlevée la vie sera partie intégrante du scénario, telle que l'a suggéré M. Lepage par le biais de sa pétition à l'Assemblée Nationale. En effet, le fait de ne pas être informé prend la personne endeuillée par surprise et celle-ci, s'attendant à passer un moment agréable à se divertir, est plutôt confrontée malgré elle à des images qui la ramène à des souvenirs douleureux. Loin de moi l'idée de brimer le cinéaste dans son désir de traiter de ce sujet dans ses créations puisque je souhaite qu'on en parle, mais le fait d'être avertie, permet à une personne endeuillée par suicide de faire le choix ou non de visionner le film ou l'émission lorsqu'elle sera prête. Dans le synopsis du film Monsieur Lazhar, il est seulement écrit "une enseignante du primaire meurt subitement". Ainsi, la dite mort subite pour être nommée clairement, donc aucune surprise désagréable pour le spectateur qui s'en va tranquillement un samedi soir au cinéma. Suite à l'initiative du Centre de prévention suicide de ma région, une projection du film M. Lazhar aura lieu et une intervenante a mentioné qu'on voyait la personne suicidée. Ce vendredi, j'irai donc voir ce film qui a été encensé par les critiques, mais en étant avertie qu'il traitera de ce sujet.
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  • Nelson - Inscrit
    8 février 2012 23 h 11
    Que tous ceux qu'ont pensé s'enlever la vie QUE LISENT LE LIVRE ''ÊTRE BIEN DANS SA PEAU'', DU DR. DAVID BURNS.

    Cette livre est demandé d'être acheté par des patients suicidaires des certains hôpitaux, et demandés que fassent les exercises ci-inclus.

    Ce livre est partout et n'est pas cher.

    Il s'agit d'un approche scientifique prouvé....évidement, il doit être accompagné des psychothérapies et des médicaments, au besoin.

    Le message de base semble être à mon avis que des perceptions et idées erronés amènent des émotions et sentiments erronés, et des comportement erronés.

    Autrement dit, il n'est pas la réalité qu'est important, mais la façon comme on la perçoit.

    Voir la moitié pleine du verre, et non la moitié vide...gruger...exercises, alimentation et sommeil.... oméga 3...améliorer la image de soi-l'estime de soi-amour de soi, tout ça aide à se sentir mieux.
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  • Yvon Bureau - Abonné
    9 février 2012 14 h 43
    Citation de Ghislain Leblond
    Le suicide est pour celui qui a le mal de vivre.

    L'Aide médicale active à mourir, balisée et contrôlée, est pour celui qui a le mal de mourir.
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  • Yvon Bureau - Abonné
    9 février 2012 14 h 48
    Parler parler parler
    Histoire vraie.
    J'ai été à la célébration de la vie-funérailles d'une personne de 35 ans, qui s'est suicidée.

    Son oncle a fait un hommage. Il a dit que cette personne s'accrochait souvent à une parole d'un philosophe ancien : Ne parle pas de tes problèmes à personne.

    Cette oncle a crié FORTEMENT ceci, en augmentant à chaque fois : PARLER PARLER PARLER.

    J'en tremble encore.
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