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Lettres - Les animaux dénaturés

Marcel Boisvert - Beloeil, le 9 février 2012  13 février 2012  Actualités en société
Le paléoanthropologue Pascal Picq suppute que les politiciens descendent du singe (Le Devoir, 9 février 2012) Il n'y a pas de déshonneur à descendre des primates. Toute vie a ses ancêtres. D'autant qu'il y a 300 ans, Montaigne dans ses Essais (II- xii) montrait plein d'exemples où les animaux surpassent l'homme.

Le déshonneur s'installe quand les politiciens ne savent se maintenir au niveau des singes. Dans Spinoza avait raison (Paris, Odile Jacob, 2003), le neurobiologiste Antonio Damasio écrit: «L'essence du comportement éthique ne commence pas avec les humains». Il mentionne les corbeaux, les chauves-souris, les loups, les chimpanzés. On a observé écrit-il, «des singes s'abstenir de tirer une chaîne qui aurait pu leur procurer de la nourriture, si l'actionner faisait que d'autres singes recevaient un choc électrique. Certains ne mangeaient pas pendant des heures, voire des jours».

Cette juste et élémentaire compassion fait cruellement défaut à nos politiciens conservateurs, au pouvoir à Ottawa et à Québec (non, je ne me trompe pas)... Ils déploient promptement leurs ailes en faveur des banques, des minières et autres multinationales, mais ne s'émeuvent guère du sort qu'ils infligent, par leurs choix et leur inaction, aux victimes de toutes sortes d'inégalités — des enfants du Dr Julien aux aînés qu'on veut appauvrir, en passant par les autochtones, les sous-payés, les sans-emploi, les foyers monoparentaux et autres déshérités bien de chez nous.

Les plupart des politiciens, sous toutes les latitudes, sont bel et bien les animaux dénaturés de Vercors, sans volonté manifeste de faire preuve d'une compassion au niveau de celle des primates.

***

Marcel Boisvert - Beloeil, le 9 février 2012
 
 
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  • Jeannot Duchesne - Abonné
    13 février 2012 08 h 39
    Délicieux
    Tout simplement délicieux et non moins réaliste.

    Merci Monsieur Boisvert pour commentaire bien à propos.
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  • Mondat - Inscrit
    13 février 2012 10 h 04
    Bravo Monsieur Boisvert!
    Comme vous résumez bien la pensée de tellement de femmes et d'hommes qui, une aube chiche en décor, vont de matins en matins, gagner une croûte qui devient de plus en plus des miettes...
    Et en plus, vous m'avez délicieusement ramené en mémoire ce si beau livre de Vercors.
    Bravo encore!
    Les hommes d'honneur se font de plus en plus rare...
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  • Marc Provencher - Inscrit
    13 février 2012 12 h 53
    Complément sur Vercors: contre le NATURALISME
    Pour le Résistant antinazi Vercors, ce qui définit l'irréductible spécificité de l'Homme, c'est son échappée hors de la Nature. D'où le titre de son essai 'La sédition humaine' (1949) d'où je tire 3 citations :

    "L'existence de l'animal reste asservie à son essence, celle de l'Homme s'en est libérée."

    "On pourra dire : Et pourquoi pas ? Pourquoi ne pas obéir à la nature ? Pourquoi lui préférer les hommes ? Pourquoi prendre le parti des révoltés ? La nature est notre mère vénérable et toute-puissante. Elle nous a voulus et faits comme nous sommes : exécutons ses volontés.

    C’est là une posture de l’esprit non seulement antihumaine, mais dérisoire. [...] Quand nous le voudrions de toutes nos forces, serait-il en notre pouvoir de redevenir anthropoïdes ? De renoncer à toutes nos conquêtes, museler la raison, éteindre la connaissance, échanger
    l’entendement contre nos instincts perdus ?"

    L'anti-naturalisme de Vercors est bien entendu inséparable de son antinazisme :

    "La France de Pétain avait pris, avec les nazis, le parti des forces naturelles contre les hommes."

    Vercors rejoint évidemment sur ce point d'autres penseurs antifascistes comme le libéral G.A. Borgese qui dénonce les "supersititions biologiques" (i.e. la théorie des races et ses pseudosciences anthropologie physique, polygénisme, etc) ou encore Benedetto Croce (qui attaque le naturalisme et le positivisme scientiste dès la fin du XIXème siècle) ou encore, bien sûr, Hannah Arendt, qui écrit :

    "En réalité, l’expérience des camps de concentration montre bien que des êtres humains peuvent être transformés en des spécimens de
    l’animal humain et que la “nature” de l’homme n’est “humaine” que dans la mesure où elle ouvre à l’homme la possibilité de devenir quelque chose de NON NATUREL PAR EXCELLENCE, à savoir un homme. »
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  • camelot - Inscrit
    13 février 2012 13 h 18
    Nuance
    "D'autant qu'il y a 300 ans, Montaigne dans ses Essais (II- xii) montrait plein d'exemples où les animaux surpassent l'homme."

    Correction : Montaigne démontre que l'instinct animal, dans certains cas, est plus social que "l'intelligence" de nombreux humains.
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  • Denis Paquette - Abonné
    13 février 2012 16 h 51
    Perdants et gagnants exactement comme les gros joueurs aiment que ca se passe
    J'aime et je suis d'accord avec vos propos a l'exception qu'il y a animal et animal Selon Meclean si nous possédons en dedans de nous des structures mamelliennes nous possédons également en nous des structures reptiiennes qui sont en générale utilisées pour le pouvoir, car tu les gens savent que le pouvoir ne se partage pas ; ce qui convient parfaitement a la structure reptilienne ou il y a la vie et la mort ,les gagnants et les perdants;voila la nuance que je voulais apportée
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  • Denis Paquette - Abonné
    13 février 2012 17 h 03
    Je m'excuse je n'avais pas donné la référence
    En 1970, Maclean introduit sa théorie du " cerveau tri unique " selon laquelle le cerveau est passé, au fil du temps, à travers trois stades évolutifs : le reptilien, le paléo mammalien et le néo mammalien. Chez l'humain et les mammifères les plus évolués, les trois cerveaux cohabitent. Les mammifères les plus primitifs n'ont que le cerveau paléo mammalien et le reptilien, alors que les oiseaux, les reptiles, les amphibiens et les poissons ont seulement le cerveau reptilien. Et c'est le cerveau paléo mammalien que possèdent tous les mammifères qui correspond essentiellement au système limbique.
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  • Marc Provencher - Inscrit
    13 février 2012 22 h 22
    Èt une autre de Benedetto Croce pour aller avec Vercors
    Croce: « L'Homme réel n'existe qu'éduqué. » « À la différence des animaux et des dieux, l'Homme est condamné à penser. »

    L'influence considérable de Croce sur les idées italiennes eut aussi ses inconvénients - sa conception "hégélienne" de l'État et de la nation, du moins avant 1925, était malheureusement utilisable par le fascisme - mais son influence eut aussi des côtés TRÈS bénéfiques, notamment parce que dans sa première grande bataille intellectuelle, le philosophe de l'idéalisme libéral sortit la pensée d'une impasse humiliante et dangereuse : la négation de l'esprit humain par le naturalisme positiviste à la sauce Herbert Spencer ou Auguste Comte. L'influence de Croce ne fut évidemment pas le seul facteur, mais ce fut certes un facteur dans le fait que même sous le fascisme, les idées italiennes continuèrent d'être réfractaires au déterminisme biologique. En sorte que, malgré le blabla de Mussolini sur la "réhabilitation de l'instinct", le fascisme italien n'opéra pas (n'essaya pas vraiment d'opérer) la transformation de l'Homme en bête­, ou comme l'appelle Finkielkraut, "l'anéantissement de l'humanité dans la nature". La négation de la spécificité humaine inhérente à la notion de RACE, laquellei prétend définir l'Homme par tout ce qui n'est pas spécifique à l'Homme mais commun à l'ensemble du règne animal, ou pour parler comme Vercors, définir l'Homme en se plaçant avant son ÉCHAPPÉE HORS DE LA NATURE, ne fut pas la tasse de thé du totalitarisme mussolinien: c'est-à-dire qu'à la différence du nazisme, il ne cherche pas à ramener l'Homme dans la Nature. C'est pour ça qu'il n'engendre pas de RUPTURE D'HUMANITÉ en créant d'immondes laboratoires à ciel ouvert où l'on s'efforce par la terreur de réduire l'Homme à sa seule dimension animale, comme si on voulait abolir son esprit de son vivant afin de prouver que le déterminisme biologique a raison, ou pour le dire autrement de prouver que le
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