Procès Shafia - Coupables de meurtres prémédités
«25 ans de prison, c'est un message assez puissant», dit une militante des droits de la personne
Photo : Agence Reuters Lars Hagberg
Mohammad Shafia, sa femme Tooba Mahommad Yahya et leur fils Hamed quittent le palais de justice de Kingston après avoir été condamnés à 25 ans de prison pour les meurtres de quatre femmes de la famille.
À retenir
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Le procès Shafia vu par les médias étrangers
- BBC
- The New York Times
- The Guardian (vidéo)
- CNN
- Daily Mail
- Al Jazeera
Le verdict du jury est tombé, hier après-midi, après à peine 15 heures de délibérations échelonnées sur deux jours. «Coupables.» Les 12 jurés ont reconnu coupables Mohammad Shafia, 59 ans, sa femme Tooba Mahommad Yahya, 42 ans, et leur fils Hamed, 21 ans, des meurtres prémédités de quatre membres de leur famille.
Les trois filles du couple, Zaïnab, Sahar et Geeti, ainsi que la première femme de M. Shafia, Rona Amir Mohammad, 53 ans, ont été victimes de «meurtres honteux commis de sang-froid», a insisté le juge Robert Maranger.
«Il est difficile de concevoir un crime plus ignoble et plus haineux. La raison apparente de ces meurtres honteux commis de sang-froid est que ces quatre victimes totalement innocentes avaient outragé votre concept complètement tordu de l'honneur, lequel n'a absolument pas sa place dans une société civilisée», a déclaré le magistrat de la Cour supérieure de l'Ontario.
Mohammad Shafia, Tooba Mahommad Yahya et Hamed Shafia ont tour à tour répliqué qu'ils étaient innocents. «Nous n'avons pas commis ces meurtres. Ceci est injuste», a affirmé M. Shafia. Mme Yahya a quant à elle lancé au juge que «votre honorable justice est injuste», avant de répéter qu'elle n'était pas une meurtrière, mais une mère. Hamed, lui, s'est adressé au magistrat pour dire qu'il n'avait pas noyé ses soeurs, «nulle part».
Les trois Canadiens d'origine afghane, qui avaient tous plaidé non coupables, écopent d'une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle pendant 25 ans.
Soulagement
«Je suis très soulagée et heureuse du verdict», a confié au Devoir la députée de La Pinière et vice-présidente de l'Assemblée nationale, Fatima Houda-Pepin. «J'étais constamment hantée par cette image de ces trois jeunes et belles filles dont on a écourté la vie. De cette première épouse, aussi, qu'il avait fait venir ici sous de fausses représentations comme un membre de la famille. Il vivait en situation de polygamie illégalement au Canada», a affirmé la seule élue musulmane à l'Assemblée nationale, après avoir précisé avoir suivi le «procès Shafia» dans un état de «grande inquiétude».
À ses yeux, la décision du jury envoie un «signal de la part du système de justice qui conclut que ce type de pratique d'un prétendu "crime d'honneur" est en fait un déshonneur».
En 2006, Mme Houda-Pepin, qui est d'origine marocaine, soutenait qu'une «propagande haineuse», un véritable «cancer», se dissémine dans notre société depuis 25 ans, «sous couvert de religion»: l'islam «réductionniste». L'année précédente, prenant le contre-pied des défenseurs du projet d'instauration d'un tribunal d'arbitrage islamique en Ontario, elle avait réussi à faire adopter à l'unanimité une motion stipulant que le Parlement du Québec s'opposait «à l'implantation des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada».
«Vingt-cinq ans de prison, c'est un message assez puissant», a indiqué pour sa part la militante des droits de la personne Sally Armstrong. «Puisque nous sommes si fiers de notre multiculturalisme, dès que quelqu'un nous dit: "Ça, c'est ma culture, c'est ma religion, ce n'est pas de tes affaires", nous avons tendance à faire un pas en arrière», a déclaré à CBC News la journaliste et écrivaine qui a vu son travail salué notamment par Amnistie internationale. Mais, vous savez, ceci n'est pas culturel, c'est criminel. Il est à peu près temps qu'on prenne ces actes pour ce qu'ils sont. Ce n'est pas piétiner la merveilleuse culture du peuple afghan, c'est appeler des actes criminels des actes criminels.»
Étonné de la «rapidité» des 12 membres du jury à s'entendre sur un verdict, l'avocat criminaliste Jean-Claude Hébert s'est dit en revanche «pas surpris du tout» des verdicts de culpabilité qu'ils ont rendus à l'encontre des trois membres de la famille Shafia. «Vous aviez une preuve circonstancielle quand même assez étanche qui enfermait les accusés dans une boîte carrée. C'était difficile d'en sortir. Et de l'autre côté, [...] vous aviez une preuve de défense dite "thèse de l'accident" qui était extrêmement fragile et cousue de fil blanc», a-t-il affirmé sur les ondes de RDI hier.
Enregistrements
Les corps de Zaïnab, 19 ans, Sahar, 17 ans et Geeti, 13 ans, ainsi que celui de Rona Amir, 53 ans, ont été retrouvés le 30 juin 2009 dans une voiture immergée dans l'écluse du canal Rideau de Kingston.
Les accusés ont toujours soutenu qu'elles avaient été victimes d'un bête accident de voiture alors que la famille rentrait à la maison après des vacances à Niagara Falls. La fille aînée, Zaïnab — qui n'avait pas de permis de conduire —, aurait pris le volant de la Nissan, menant les occupantes tout droit dans le canal Rideau, selon eux.
Selon la Couronne, Mohammad Shafia, Tooba Mahommad Yahya et Hamed ont tué les quatre femmes avant de placer leurs corps dans le véhicule qu'ils ont ensuite poussé dans le canal à l'aide de la deuxième automobile de la famille.
Les forces policières avaient découvert que Hamed avait saisi sur Google la formule «où commettre un meurtre», en plus d'avoir étudié sur Internet différents plans d'eau dans les environs de Montréal, Ottawa et Kingston.
Elles sont également parvenues à enregistrer le père de la famille traitant ses filles mortes de «traîtresses» et de «putains» et soulignant que «rien n'est plus précieux que notre honneur», ainsi que la mère laissant tomber: «Que le diable aille déféquer sur leurs tombes.»
«[M. Shafia] n'a pas été reconnu coupable pour ce qu'il a fait, il a été reconnu coupable pour ce qu'il a dit», a déploré son avocat, Peter Kemp. Selon lui, ces enregistrements ont pesé davantage dans l'esprit des jurés que les preuves physiques.
Me Patrick McCann, l'avocat de Hamed, a fait savoir que son client interjettera appel de la décision. Il s'est dit persuadé que ses collègues lui emboîteront le pas.
***
Avec la collaboration d'Antoine Robitaille
D'après la Presse canadienne et l'AFP
Les trois filles du couple, Zaïnab, Sahar et Geeti, ainsi que la première femme de M. Shafia, Rona Amir Mohammad, 53 ans, ont été victimes de «meurtres honteux commis de sang-froid», a insisté le juge Robert Maranger.
«Il est difficile de concevoir un crime plus ignoble et plus haineux. La raison apparente de ces meurtres honteux commis de sang-froid est que ces quatre victimes totalement innocentes avaient outragé votre concept complètement tordu de l'honneur, lequel n'a absolument pas sa place dans une société civilisée», a déclaré le magistrat de la Cour supérieure de l'Ontario.
Mohammad Shafia, Tooba Mahommad Yahya et Hamed Shafia ont tour à tour répliqué qu'ils étaient innocents. «Nous n'avons pas commis ces meurtres. Ceci est injuste», a affirmé M. Shafia. Mme Yahya a quant à elle lancé au juge que «votre honorable justice est injuste», avant de répéter qu'elle n'était pas une meurtrière, mais une mère. Hamed, lui, s'est adressé au magistrat pour dire qu'il n'avait pas noyé ses soeurs, «nulle part».
Les trois Canadiens d'origine afghane, qui avaient tous plaidé non coupables, écopent d'une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle pendant 25 ans.
Soulagement
«Je suis très soulagée et heureuse du verdict», a confié au Devoir la députée de La Pinière et vice-présidente de l'Assemblée nationale, Fatima Houda-Pepin. «J'étais constamment hantée par cette image de ces trois jeunes et belles filles dont on a écourté la vie. De cette première épouse, aussi, qu'il avait fait venir ici sous de fausses représentations comme un membre de la famille. Il vivait en situation de polygamie illégalement au Canada», a affirmé la seule élue musulmane à l'Assemblée nationale, après avoir précisé avoir suivi le «procès Shafia» dans un état de «grande inquiétude».
À ses yeux, la décision du jury envoie un «signal de la part du système de justice qui conclut que ce type de pratique d'un prétendu "crime d'honneur" est en fait un déshonneur».
En 2006, Mme Houda-Pepin, qui est d'origine marocaine, soutenait qu'une «propagande haineuse», un véritable «cancer», se dissémine dans notre société depuis 25 ans, «sous couvert de religion»: l'islam «réductionniste». L'année précédente, prenant le contre-pied des défenseurs du projet d'instauration d'un tribunal d'arbitrage islamique en Ontario, elle avait réussi à faire adopter à l'unanimité une motion stipulant que le Parlement du Québec s'opposait «à l'implantation des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada».
«Vingt-cinq ans de prison, c'est un message assez puissant», a indiqué pour sa part la militante des droits de la personne Sally Armstrong. «Puisque nous sommes si fiers de notre multiculturalisme, dès que quelqu'un nous dit: "Ça, c'est ma culture, c'est ma religion, ce n'est pas de tes affaires", nous avons tendance à faire un pas en arrière», a déclaré à CBC News la journaliste et écrivaine qui a vu son travail salué notamment par Amnistie internationale. Mais, vous savez, ceci n'est pas culturel, c'est criminel. Il est à peu près temps qu'on prenne ces actes pour ce qu'ils sont. Ce n'est pas piétiner la merveilleuse culture du peuple afghan, c'est appeler des actes criminels des actes criminels.»
Étonné de la «rapidité» des 12 membres du jury à s'entendre sur un verdict, l'avocat criminaliste Jean-Claude Hébert s'est dit en revanche «pas surpris du tout» des verdicts de culpabilité qu'ils ont rendus à l'encontre des trois membres de la famille Shafia. «Vous aviez une preuve circonstancielle quand même assez étanche qui enfermait les accusés dans une boîte carrée. C'était difficile d'en sortir. Et de l'autre côté, [...] vous aviez une preuve de défense dite "thèse de l'accident" qui était extrêmement fragile et cousue de fil blanc», a-t-il affirmé sur les ondes de RDI hier.
Enregistrements
Les corps de Zaïnab, 19 ans, Sahar, 17 ans et Geeti, 13 ans, ainsi que celui de Rona Amir, 53 ans, ont été retrouvés le 30 juin 2009 dans une voiture immergée dans l'écluse du canal Rideau de Kingston.
Les accusés ont toujours soutenu qu'elles avaient été victimes d'un bête accident de voiture alors que la famille rentrait à la maison après des vacances à Niagara Falls. La fille aînée, Zaïnab — qui n'avait pas de permis de conduire —, aurait pris le volant de la Nissan, menant les occupantes tout droit dans le canal Rideau, selon eux.
Selon la Couronne, Mohammad Shafia, Tooba Mahommad Yahya et Hamed ont tué les quatre femmes avant de placer leurs corps dans le véhicule qu'ils ont ensuite poussé dans le canal à l'aide de la deuxième automobile de la famille.
Les forces policières avaient découvert que Hamed avait saisi sur Google la formule «où commettre un meurtre», en plus d'avoir étudié sur Internet différents plans d'eau dans les environs de Montréal, Ottawa et Kingston.
Elles sont également parvenues à enregistrer le père de la famille traitant ses filles mortes de «traîtresses» et de «putains» et soulignant que «rien n'est plus précieux que notre honneur», ainsi que la mère laissant tomber: «Que le diable aille déféquer sur leurs tombes.»
«[M. Shafia] n'a pas été reconnu coupable pour ce qu'il a fait, il a été reconnu coupable pour ce qu'il a dit», a déploré son avocat, Peter Kemp. Selon lui, ces enregistrements ont pesé davantage dans l'esprit des jurés que les preuves physiques.
Me Patrick McCann, l'avocat de Hamed, a fait savoir que son client interjettera appel de la décision. Il s'est dit persuadé que ses collègues lui emboîteront le pas.
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Avec la collaboration d'Antoine Robitaille
D'après la Presse canadienne et l'AFP
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