dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 22h35
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Le Devoir de philo - Harry Potter ou le messianisme pour les nuls

Le héros de J. K. Rowling sauve le monde dans et malgré sa médiocrité

Louis Dugal   24 septembre 2011  Le Devoir de philo
Louis Dugal: «Nietzsche l’a bien vu, le christianisme s’adresse au troupeau. Son message est fort simple. Essentiellement, il commande de suivre l’exemple du berger, c’est-à-dire d’aimer les autres plus que soi-même jusqu’à leur consacrer notre vie dans le but de leur assurer un monde meilleur.»<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Louis Dugal: «Nietzsche l’a bien vu, le christianisme s’adresse au troupeau. Son message est fort simple. Essentiellement, il commande de suivre l’exemple du berger, c’est-à-dire d’aimer les autres plus que soi-même jusqu’à leur consacrer notre vie dans le but de leur assurer un monde meilleur.»
Une fois par mois, Le Devoir propose à des professeurs de philosophie et d'histoire, mais aussi à d'autres passionnés d'idées, d'histoire des idées, de relever le défi de décrypter une question d'actualité à partir des thèses d'un penseur marquant.

Les Harry Potter ont été un succès universel: jeunes et moins jeunes de toutes cultures en ont fait leur héros favori. Ce dont ils se rendent rarement compte, c'est qu'ils ont par le fait même adopté un avatar de Jésus comme modèle. «L'essentiel est invisible pour les yeux», disait un petit prince; le messianisme du sorcier de J. K. Rowling, en l'occurrence, passe inaperçu pour la plupart des yeux amateurs qui ont dévoré ses romans et leurs adaptations cinématographiques.

Nous ne passerons pas en revue ici les sept tomes de la série pour dresser les parallèles entre les messies de Godric's Hollow et de Nazareth. Ce serait enfoncer des portes ouvertes (ce que d'autres ont fait de manière plus exhaustive), en plus de brûler plusieurs punchs dont nous voudrions préserver l'effet de surprise pour ceux et celles qui n'auraient encore jamais lu les livres.

Nous voulons plutôt savoir comment la figure christique a pu garder, malgré l'usure des siècles, des Églises et des révolutions, une actualité et une fascination si éclatantes. De toute évidence, les messies semblent s'accommoder naturellement d'une certaine popularité.

Cet envoûtement des foules n'est pas innocent; à travers celui-ci s'exerce une pédagogie qui vise à surmonter la médiocrité où elles menacent constamment de s'abîmer. Peut-être pouvons-nous voir là la vocation du messianisme dans nos démocraties laïques.

Le messianisme expliqué aux enfants

Le messianisme est une notion judéo-chrétienne somme toute beaucoup moins connue que Barrabas dans la Passion. Cette croyance, d'origine juive, veut qu'un élu de Dieu (khristos en grec, meshîka en araméen ou messias en latin, signifiant tous «oint, marqué») se présente pour accomplir sa promesse faite aux hommes de leur donner un royaume digne de son amour et de sa paix.

Jésus, lui-même juif croyant et pratiquant, s'est présenté comme cet élu à ses contemporains en donnant sa vie pour eux — accomplissant dans le christianisme la prophétie juive annonçant la venue d'un sauveur du monde. Semblablement, Potter, pour résumer grossièrement ses péripéties, perd sa vie dans l'espoir de gagner pour ses amis un monde d'où le mal — Voldemort — serait finalement éradiqué. C'est classique, et même, disons-le, cliché. Manque d'inspiration? Complot théologico-hollywoodien? Banalité programmée?

Une chose est sûre: les péripéties de Potter montrent que le messianisme n'a rien de sorcier. Si la saga de Rowling a rejoint le grand public — aussi large, en fait, dans son extension qu'il peut être mince dans sa compréhension —, c'est qu'elle a su «vulgariser» l'essentiel du message judéo-chrétien pour le peuple (vulgus).

Nietzsche l'a bien vu, le christianisme s'adresse au troupeau. Son message est fort simple: essentiellement, il commande de suivre l'exemple du berger, c'est-à-dire d'aimer les autres plus que soi-même jusqu'à leur consacrer notre vie dans le but de leur assurer un monde meilleur. Pour accompagner le Christ jusqu'au bout de son sacrifice, au sens littéral comme au figuré, il ne suffit que de lui prêter foi avec la candeur dont seuls les enfants sont capables.

La pédagogie du christianisme est ici à l'oeuvre: pour accéder au royaume de Dieu, il faut d'abord s'y laisser guider par son coeur d'enfant. On reconnaît le messie non par sa pompe mais par son abaissement. Entre les figures du messie que nous représentent la vertu sanguinolente d'un Mel Gibson, l'ascétisme mystique d'une Thérèse d'Avila et le génie écrasant d'un Augustin, gageons que l'enfant moyen se sentira un peu perdu.

Il faut s'agenouiller au niveau des enfants pour pouvoir les toucher. L'enthousiasme, au sens littéral autant qu'étymologique du mot, va de pair avec l'éducation: lorsqu'un tout petit se passionne pour Harry Potter, il se dispose sans le savoir à comprendre la Passion — et Dieu (theos) entre en lui.

Un plaisir machiavélique

Pour le dire avec la langue directe d'Emerson, «comme objets de science, [les idées] ne sont accessibles qu'à peu d'hommes. Cependant, tous sont capables d'être élevés jusqu'à elles par la piété ou par la passion.» Les images enthousiasment plus que les idées: la Bible a été et reste à ce jour un meilleur vendeur que la Somme théologique de Thomas d'Aquin.

Le rapport entre elles est toutefois ambigu: une histoire sans idée peut très bien nous distraire de toute réflexion — les exemples sont trop nombreux pour être énumérés —, une pensée trop austère rendra spontanément le lecteur rébarbatif à sa philosophie — idem.

Lorsqu'elles s'unissent, pourtant, elles se renforcent l'une l'autre. L'esthétique devient alors le vêtement de l'éthique. Qu'on habille le messie d'une robe de sorcier plutôt que d'un manteau sémite est indifférent. L'habit ne fait pas le moine; l'important, c'est qu'il séduise les foules.

Les histoires, en elles-mêmes, cherchent à divertir, à amuser. Le plaisir est naïf. Il ouvre grandes ses portes à n'importe quelle satisfaction. Toute industrie, incluant celles de la littérature et du cinéma jeunesse, exploite à fond cette brèche — indifféremment aux idées qu'elle véhicule et même souvent au fait qu'elle véhicule ou non des idées.

La culture — j'entends par là l'héritage actif d'une civilisation, soit religieux, philosophique, scientifique et artistique — peut ainsi se glisser incognito dans celle-ci et l'utiliser comme un cheval de Troie. Par cette ruse, elle peut faire entrer dans les murs de la barbarie la sagesse qu'elle cache en son sein et la vaincre, de l'intérieur, avec ses propres armes.

C'est le cas de la saga des Harry Potter. Parmi toutes, elle est un chef-d'oeuvre de divertissement. Des millions de personnes vous le confirmeront. Son génie narratif ne trompe toutefois que celui qui ne sait lire entre ses lignes. «L'essentiel est invisible pour les yeux.»

Dans le sein confortable de ses intrigues et de ses personnages se dissimule un message profondément judéo-chrétien. Les enfants se sentent chez eux, en sécurité derrière les murs accueillants et impénétrables de Poudlard. Mais s'il est une chose qui puisse les traverser «ni vu ni connu», ce sont les motivations profondes des protagonistes qui y évoluent. L'art, disait encore Nietzsche, ne ment pas.

On peut enrober le messianisme dans autant de péripéties et de métaphores qu'il en faut pour en faire sept ouvrages bien épais, on ne peut pas l'empêcher de porter (phorein) au-delà (meta-) de celles-ci les valeurs qu'elles camouflent. Or, en le rendant abordable et agréable au lectorat du XXIe siècle, J. K. Rowling a su porter ce message à celui qu'il concernait: le citoyen moyen.

La figure du sauveur

Nous pouvons légitimement penser que l'accessibilité de la série des Harry Potter est plus qu'un artifice commercial — même si elle en est un aussi. Envisageons-la plutôt comme un effet nécessaire du message qui l'inspire. La popularité contemporaine du messianisme actualise la figure du sauveur. Bien sûr, en la remettant au goût du jour, elle lui confère une nouvelle jeunesse, mais elle lui donne aussi du même coup une voie pour se réaliser encore aujourd'hui.

Sa magie s'opère encore dans sa «démocratisation» (de dêmos, «peuple»). Le messianisme ne concerne pas plus qu'il ne sauve une élite exclusive. Il est ouvert à tous ceux qui s'y ouvrent. Le messie est un homme comme tout le monde, mais qui pourtant sauve tout le monde par sa vertu. Potter est, pareillement, un messie «moyen»; il sauve le monde dans et malgré sa médiocrité.

Comme Jésus, il n'a rien d'extraordinaire: d'une famille et de talent modestes, la seule chose qui le départage de ses camarades est une prophétie qui le désigne comme l'élu et à laquelle il accepte courageusement de répondre pour sauver ses pairs. Il partage la vie du commun des mortels. À un tel messie, n'importe qui peut s'identifier.

Mais, corollairement, n'importe qui peut l'imiter. L'histoire de Potter montre aux «nuls» qui la lisent que chacun, aussi «nul» puisse-t-il être, peut donner sa vie pour ses amis. Il ne leur suffit que d'acquiescer à leur destin et de faire les efforts conséquents pour le comprendre et l'accomplir.

Non seulement les simples d'esprit peuvent être heureux, car le royaume des cieux leur appartient (Mt, 5, 3), mais c'est à eux, dans un monde démocratique, qu'il appartient de le faire advenir. Le «peuple» devient le sujet et l'objet du messianisme: c'est dans ses rangs que sera recruté le messie qui le sauvera. Dans la mesure où il est souverain, il est à lui-même son propre Seigneur... à cette condition non négligeable qu'il — c'est-à-dire chacun des citoyens qui le constituent — transcende la paresse et le narcissisme que peut causer une culture de divertissement, de surabondance et de droits individuels.

La popularité du mythe


Une fois de plus, la popularité du mythe peut s'avérer le remède à ses propres maux. Admirons avec Georges Gusdorf «la richesse des possibilités que le mythe conserve enfouies dans son sommeil dogmatique». Toute mythologie, intrinsèquement, appelle l'usage de la raison, incite le lecteur à tirer de son récit (muthos) la logique (logos) qui l'inspire. L'exigence de raison (en même temps que celle de la cohérence, de la discussion, de l'humilité, etc.) entre ainsi en catimini dans les imaginations allumées.

Pour reprendre les mots de Paul, l'émerveillement ressenti devant l'histoire du Messie «illumine les yeux de l'entendement» (Éphésiens I, 18). Il suffit de contempler le ciel, plutôt que le doigt du sage qui le pointe, pour entrevoir dans les images les idées qu'elles incarnent.

On peut voir dans ce messianisme nouveau genre, au-delà des litanies sur la commercialisation de la bêtise et du refrain déjà jauni sur la mort de Dieu, une pédagogie salutaire. Par l'excitation qu'elle suscite à travers le récit, elle incite le lecteur à «réaliser» les motivations profondes de son héros, c'est-à-dire à les comprendre et à les accomplir.

La popularité de l'histoire accomplit elle-même ce qu'elle exige de ses lecteurs: accueillir dans l'apparente médiocrité d'un homme normal une sagesse qui le dépasse; faire de la vie quotidienne, dans toute sa banalité, l'incarnation d'idées «divinement» inspirées.

L'éducation du peuple


L'éducation du peuple, à son corps défendant ou même à son insu, est une condition fondamentale de la démocratie. Soit on implique chacun dans le salut de tous en appelant à leur enthousiasme, à leur raison et à leur charité envers les plus faibles, soit on renonce à la prise en charge du peuple par lui-même.

Accordé: remettre ainsi leur sort entre les mains des badauds impressionnables et vulgaires qui se bousculent aux tourniquets pour voir des images de sorcellerie à la mode demande une foi certaine. Cette pédagogie, aussi optimiste que risquée, un messie l'a pourtant osée il y a quelque 2000 ans. Il appartient maintenant à nous d'en tester l'actualité.

***

Des suggestions, des commentaires? Écrivez à Antoine Robitaille: arobitaille@ledevoir.com. Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d'histoire: www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo.

***

- Cf. Harry Potter: A Christian Chronicle de Sonia Falaschi-Ray; Baptizing Harry Potter: A Christian Reading of J. K. Rowling par Luke Bell; ou God, the Devil, and Harry Potter de John Killinger, pour ne nommer que ceux-là.

- Ralph Waldo Emerson, «La nature», tiré de La confiance en soi et autres essais, Payot et Rivages, 2000, p. 65.

- Georges Gusdorf, Mythe et métaphysique, Flammarion, 1953, p.88.8

***

Louis Dugal, professeur de philosophie au Collège de Rosemont et secrétaire du Comité d'éthique du Réseau des soins palliatifs du Québec
Louis Dugal: «Nietzsche l’a bien vu, le christianisme s’adresse au troupeau. Son message est fort simple. Essentiellement, il commande de suivre l’exemple du berger, c’est-à-dire d’aimer les autres plus que soi-même jusqu’à leur consacrer notre vie dans le but de leur assurer un monde meilleur.»<br />
Une scène du film de David Yates, Harry Potter et les reliques de la mort, deuxième partie.<br />
 
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit
    24 septembre 2011 10 h 22
    Il y eut un précédent...
    Un personnage venu du ciel, accueilli par un coeur d'enfant, méprisé par des adultes qui veulent le réduire à un phénomène scientifique, qui a le pouvoir de guérir et qui retourne finalement au ciel. Non, ce n'est pas Jésus. C'est E.T. de Spielberg. L'Évangile en parabole, racontée par un Juif.

    Pierre Desrosiers
    Val David
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Daniel Clapin-Pépin - Abonné
    24 septembre 2011 13 h 33
    Harry Potter = avatar de Jésus !!!
    Monsieur le professeur de philosophie,

    Formidable et fort originale, votre interprétation de l’œuvre de J. K. Rowling ! Elle-même serait-elle d’accord avec votre exégèse de son œuvre ? Si vous lui posiez la question et qu’elle vous répondait que non, vous pourriez toujours lui expliquer, si vous connaissez la psychologie des profondeurs de C. C. Jung, qu’en réalité et sans même qu’elle en soit « consciente », c’est son « inconscient collectif » qui lui dictait les mots et les idées qui allaient la rendre plus tard, sans même qu’elle s’en doute au moment de son écriture, milliardaire. Mieux encore – et je vous en félicite cent fois - lorsque votre herméneutique va jusqu’à oser transformer le jeune sorcier Potter en grand pédagogue vulgarisateur (qui s’ignore, lui aussi) par le propos « songé » suivant => « L’éducation du peuple, à son corps défendant ou même à son insu, est une condition fondamentale de la démocratie. » BRAVO ! Et pour conclure, du point de vue plus ou moins mystique de l’Écologie spirituelle (qui fait partie de mes champs d’étude et de recherche universitaires préférés) vous avez bien raison de souligner (en accord avec Jung, même si cet énoncé est "irréfutable" au sens de l'épistémologue Karl Popper) que « L’essentiel est invisible pour les yeux. »

    Daniel Clapin-Pépin
    Professeur
    UQAM
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Fille Ordinaire - Inscrit
    24 septembre 2011 22 h 06
    Il y eut plus d'un précédent...
    Je crois qu'il y a beaucoup de cela dans le Seigneur des Anneaux également, avec Frodon Sacquet qui se sacrifie pour porter l'anneau.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • France Marcotte - Abonnée
    25 septembre 2011 09 h 07
    Acceptez humblement ce mystère
    Question: J.K. Rowling a-t-elle déjà parlé de son oeuvre en ces termes? Vous n'en savez rien?
    A-t-elle voulu son Harry Potter la figure contemporaine du messie qui entre comme un cheval de Troie dans l'esprit paresseux du peuple et en faire l'éducation pour la pérennité de la démocratie?
    Je ne crois pas. Mais comme le dit monsieur le professeur ci-haut, on n'a qu'à se dire que son oeuvre lui a été dictée par l'inconscient collectif...

    Tout en somme pour ne pas lui en attribuer le mérite.

    Même que monsieur Dugal se veut plus fin qu'elle en nous expliquant ce que elle-même n'a pas compris, une façon bien triviale de lui ravir son oeuvre.
    Ah que vous auriez aimé être l'auteur de cette saga, n'est-ce-pas?
    Comment se fait-il qu'il ait été dévolu à une simple femme le rôle d'amener aujourd'hui, selon votre interprétation, au peuple ignare le message du Christ, mieux que n'aurait su le faire saint Augustin lui-même et "son génie écrasant" ou le grand philosophe que vous êtes?
    Et avec le Seigneur des Anneaux, quel message a-t-on réussi à passer, (quoique avec moins de succès...) par en-dessous au peuple pour faire son éducation à son insu?
    Faudra vous y faire pourtant: entre J.K.Rowling et les enfants pour qui elle a écrit son oeuvre afin surtout je crois de les tirer d'un quotidien parfois glauque comme elle-même a écrit, au début du moins, pour échapper à la détresse de sa condition désespérée, il y a un mystère qu'ils ne partagent qu'entre eux et qui sans doute vous échappe...comme à tous les adultes.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Louis Dugal - Inscrit
    25 septembre 2011 11 h 46
    Le vrai enjeu
    J'aimerais d'abord remercier ceux qui ont consacré leur temps et leur énergie pour critiquer mon article et mes convictions. Ils méritent une réponse aussi substantielle que celle qu'ils m'ont offerte.

    Je voudrais évidemment les divertir de leur compréhension erronée de mon propos et détourner leurs insatisfactions vers le vrai enjeu de mon texte.

    J'ai commis l'erreur, inconsciemment ou consciemment (je ne sais plus, après les propos de M. Clapin-Pépin) d'accorder le bénéfice du doute à Mme. Rowling en ce qui concerne la maternité du messianisme de son héros. Effectivement, même si l'on sait qu'elle a eu personnellement des questionnements sur sa foi chrétienne dans lesquels l'indécision a été la tonalité générale, il ne faut pas aller trop vite sur cette question. Je nuance donc ici ce que j'ai présenté un peu trop rapidement dans mon texte.

    Cependant, ce n'est vraiment pas là l'essentiel ; de tout évidence, il est resté invisible à vos yeux aussi!
    La question à laquelle j'aimerais sincèrement que vous répondiez et à laquelle sincèrement je n'arrive pas à donner une réponse certaine, est la suivante : les oeuvres de littérature jeunesse comme celle de J.K. Rowling - mais également toutes celles qui mettent en scène une figure christique, c'est-à-dire à peu près toutes - aideront-elles réellement la démocratie à surmonter la médiocrité et le conformisme confortable où elle tend à se lover? Sont-elles des facteurs d'endormissement ou d'éveil?
    J'ai la foi, incertaine, optimiste, irréaliste peut-être, qu'elles peuvent jouer ce rôle positif aujourd'hui. Ce sont elles qui, adolescent, m'ont attiré vers la philosophie, vers l'étude des grandes oeuvres de l'histoire de la pensée humaine, et j'essaie avec mes modestes moyens de transmettre aux jeunes que je côtoie au cégep et ailleurs ma passion, pour qu'ils puissent à leur tour élargir leurs horizons.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Louis Dugal - Inscrit
    25 septembre 2011 11 h 58
    Le vrai enjeu (suite)
    Mais il est fort possible que je me trompe. Peut-être qu'elles ne jouent aucun rôle dans les coeurs et les têtes autre que celui de les éblouir avec des histoires abracadabrantes qui leur cachent l'essentiel.

    Laissons donc les sarcasmes de côté et abordons S.V.P. les problématiques criantes qui nous concernent tous. La culture est-elle encore possible dans la démocratie, sous des formes aussi inattendues et apparemment médiocres que les sagas fantastiques de Rowling, Tolkien, Spielberg et les autres?

    C'est ceci qui reste pour moi un mystère. Je ne me crois pas plus fin que personne ; je suis moi aussi issu d'une famille modeste, et oui, à la première lecture, les Augustin et les Nietzsche m'ont bien effrayé. Mais je cherche à savoir si comme pour moi, les autres peuvent s'ouvrir à leur sagesse par des voies plus digestes. J'ai répondu oui à cette question, et j'enseigne conséquemment aux jeunes avec l'espoir correspondant. Mais s'il s'avérait que non, pourquoi chercher à éduquer un peuple profondément déterminé qui ne comprendra de toute façon jamais rien à son propre sort? Il est crucial, aujourd'hui, de savoir s'il est possible au peuple de passer, par son propre courage et ses propres forces, de son état de minorité à l'état de majorité qu'entrevoyait Kant.

    Louis Dugal
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Louis Dugal - Inscrit
    25 septembre 2011 13 h 18
    Erratum
    'De toutE évidence'.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Pierre Mcleod Tremblay - Abonné
    26 septembre 2011 00 h 22
    On jase là...
    Merci pour ces réflexions.

    Je n'ai pas d'autre prétention concernant les idées que vous avez émises et les commentaires de ceux qui les ont lues que d'y ajouter le petit grain de sel suivant.

    Que ce soit de la mythologie, de l'inconsient collectif ou autres ces histoires nous touchent. Pourquoi?

    N'est-ce pas là un indice du fonctionnement même de notre cerveau et des mécanismes de survie qui y sont intégrés? Nous possédons peut-être un mécanime "Messie" nous permettant de coordonner un groupe et de suivre un leader dans des situations de survie. N'est-ce pas là un fondement biologique à la notion d'archétype? On jase là....

    Serait-t-il possible alors, je fais de folles suppositions et il faudrait probablement m'enfermer... Mais que le véritable afranchissement ne puisse se réaliser que par la compréhension de notre propre fonctionnement... Des motivations que le cerveau nous invente, à tord ou à raison...

    Si cela était le cas, très hérétiquement parlant, les histoires de messie n'aideraient pas la démocratie mais contriburaient, au contraire, au renforcement des mécanismes de meute auquel l'humain souscrit parfois...

    Hum...

    Et le meilleur outil de démocratisation serait l'étude de soi-même, de la pensée humaine... Ca ressemble à de la philosophie ça...

    Haaa On ne philosophe pas assez dans notre vie quotidienne...

    Merci pour ces petites occasions de le faire...


    McLeod Tremblay
    Informaticien Peintre et autres choses...
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Daniel Clapin-Pépin - Abonné
    26 septembre 2011 17 h 50
    Plus de la psychologie des profondeurs de Jung que de la philosophie
    Pierre Mcleod Tremblay, ci-haut, est loin des "folles suppositions" dont il s'affuble, et personne ne devrait, comme il le suggère, l'enfermer.

    Au contraire, ses propos suivants (ici répétés pour le bénéfice de nos lectrices et lecteurs) sont parfaitement cohérents avec le point de vue du fondateur de la psychologie des profondeurs, C. C. Jung, qui aura eu le grand mérite d'avoir "découvert" (ou "inventé", cela étant un beau sujet de discussion épistémologique et mystique) les concepts de "conscience collective" et d'"archétype" :

    "(...) Mais que le véritable afranchissement ne puisse se réaliser que par la compréhension de notre propre fonctionnement... Des motivations que le cerveau nous invente, à tord ou à raison...

    Si cela était le cas, très hérétiquement parlant, les histoires de messie n'aideraient pas la démocratie mais contriburaient, au contraire, au renforcement des mécanismes de meute auquel l'humain souscrit parfois...

    Hum...

    Et le meilleur outil de démocratisation serait l'étude de soi-même, de la pensée humaine... Ca ressemble à de la philosophie ça..."

    Plutôt de la psychologie des profondeurs que de la philosophie !

    Daniel Clapin-Pépin
    Professeur
    UQAM
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Daniel Clapin-Pépin - Abonné
    27 septembre 2011 07 h 12
    Erratum
    Non pas C. C. Jung, mais C. G. Jung.

    Qui est-ce ?

    Carl Gustav Jung a été médecin, psychiatre, psychologue et essayiste suisse né le 26 juillet 1875, mort le 6 juin 1961.

    Carl Gustav Jung est le fondateur du courant de la psychologie analytique, et son œuvre a été d'abord liée à la psychanalyse, de Sigmund Freud, dont il fut l’un des premiers collaborateurs, et dont il se sépara par la suite.

    Carl Gustav Jung a été un pionnier de la psychologie des profondeurs en soulignant le lien existant entre la structure de la psyché (c'est-à-dire l'« âme », dans le vocabulaire jungien) et ses productions et manifestations culturelles.

    Enfin, Carl Gustav Jung a introduit dans sa méthode des notions de sciences humaines puisées dans des champs de connaissance aussi divers que l'anthropologie, l'alchimie, l'étude des rêves, la mythologie et la religion, ce qui lui a permis d'appréhender la « réalité de l'âme ». (Source : Wikipedia)

    CONCLUSION => Madame J. K. Rowling, richissime auteure et créatrice de Harry Potter (peut-être un avatar de Jésus, selon Louis Dugal), aurait grand intérêt (et plaisir), pour comprendre les sources "profondes" de sa prodigieuse créativité et/ou de la réalité de son âme (si telle chose existe, ce qui est scientifiquement "irréfutable" au sens épistémologique du philosophe des sciences Sir Karl Raimund Popper), à se payer quelques bons ouvrages de Carl Gustav Jung.

    Daniel Clapin-Pépin
    Professeur
    UQAM
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jeannot Duchesne - Abonné
    27 septembre 2011 11 h 10
    Harry Potter, tout sauf du messianisme?
    Éternelle dualité dans laquelle nous enferme notre interminable "en devenir". Ce monde relatif dans lequel aucune chose ou principe n'existe sans son contraire. Dès le berceau on nous a enseigné à choisir et on nous l'enseigne toujours.

    Nous ne sommes pas « être », nous sommes contraints toujours à choisir. Nous n’intégrons pas la vie avec toutes ses contradictions parce que nous ne sommes pas capables de bien penser.

    "Je suis, Être" ce n'est pas choisir, c'est se connaître; se connaître assez pour sortir de cet éternel duel, ces éternels choix. Être c’est le bon Égo, l’Être dans toute sa dignité; ce n’est l’égo centré sur lui-même c’est l’Être unifié et reconnu par l’autre.

    L'unicité de la personne ce n'est pas la dualité, ce n'est pas le conflit, ce n'est pas le tiraillement. À l’extrême, à un niveau grégaire, pathologique, je pense que la dualité est de la bipolarité, une dualité sans nuance et sans doute raisonnable; elle exécute un choix qui se révèle le plus souvent mauvais et désastreux alors que la racine du problème n'était pas dans le choix à faire. Les choix qui nous sont offerts sont-ils pertinents?

    Je n'ai pas à choisir entre ne pas tuer et tuer ce n'est pas un choix que j'ai à faire tout comme je n'ai pas à choisir entre être heureux ou malheureux; la question ne devrait-elle pas être: qu'est-ce qui m'a amené à un tel genre de choix?

    Je pense qu’Harry Potter est plus inhibiteur, que messianique? Un messie libère; après un livre ou un film d'Harry Potter nous nous retrouvons avec nos éternels choix? Des choix qui ne nous satisferont jamais parce que nous ne nous posons pas les bonnes questions.

    ... voir la suite
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jeannot Duchesne - Abonné
    27 septembre 2011 11 h 10
    ... Suite Harry Potter, tout sauf du messianisme?
    Être, c'est ce qu'il y a de plus difficile à devenir. Le mot devenir n'est-il l'erreur originelle? On ne peut devenir soi-même, nous avons à être simplement. Y en a-t-il qui ont déjà été? L’historique Nazaréen n’a pas été identifié par une partie de sa dualité, prévenu ou défenseur, criminel ou victime, inique ou juste; il a été identifié par Ecce Homo. Voici l’homme, une entité, une unicité si affirmée qu'il a retourné l'autorité romaine à ses propres contradictions en répondant à Pilate: "Tu l'as dit".

    Notre propre unicité que nous devrions tendre à restaurer au lieu de nous écarteler avec les interminables choix qu’on nous impose ou que nous nous imposons nous-mêmes.

    Je retourne à mes choix, choisir c'est plus facile et moins demandant que d'être soi-même et de nous poser les bonnes questions.
    ;-)
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Anonyme Anonymus - Inscrit
    4 octobre 2011 14 h 40
    Pas rapport cet article!
    Je ne suis pas sûr que J.K. Rowling adhèrerait à ces idées. Moi même étant un lecteur de la saga de Harry Potter, j'ai attendu pour acheter les livres à minuit le soir quand le livre sortait. Du plus loin que je me souviennes, je ne connais personne qui c'est arraché la Bible.

    C'est drôle quand même de comparer Harry Potter à la Bible et de dire que Harry Potter est comme Jésus quand on sait que le Pape Benoît XVI (le plus haut placé dans la religion chrétienne) renie la saga de Mrs. Rowling en affirmant que cela n'a pas de sens.

    Je penses juste qu'avant d'écrire sur quelque chose, on devrait s'informer au bon endroit et qu'avant d'écrire n'importe quoi, savoir si cela est vrai que Mrs. Rowling s'est inspirée de Jésus pour créer Harry Potter. En tous cas, moi, je ne suis pas sûr!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Steve Bourget - Inscrit
    12 octobre 2011 14 h 28
    Tout sauveur n'est pas un messie
    L'article présenté, il y a quelques semaines, m'a fait réagir tant par ce qu'il affirmait que par les critiques qui lui ont été adressées, parce que mes recherches universitaires m'ont portées vers l'étude des phénomènes messianiques d'un point de vue philosophique et historique.

    L'une de ces critiques, que l'on retrouve sans cesse contre les travaux universitaires, est que l'interprétation ne tient pas compte des intentions de l'auteur. Or il faut l'avouer ceci relève d'une erreur de catégorie qui consiste à introduire dans le domaine de la recherche et de la réflexion des catégories du sens commun et de ce que les anglais nomme la ''folk psychology''. Aucune avancée ne saurait être faite si le travail intellectuel en restait sur ce point. Après tout, l'une des opérations fondamentales du travail intellectuel est de relever les incohérence et illogisme d'un discours. Devrait-on en déduire qu'ils étaient voulus par l'auteur? Le principe d'une bonne interprétation est d'écarter les intentions de l'auteur ou la recherche de ces intentions en ayant pour principe que l'auteur n'est pas maître du sens de son œuvre, c'est-à-dire que tout œuvre échappe à l'emprise de son créateur.

    Si donc le texte de monsieur Dugal est critiquable, ce n'est pas parce qu'il rapproche le texte de J.K. Rowling d'un fondement chrétien et que se rapprochement ne serait pas le fait de l'auteur, mais bien plutôt que se rapprochement est insignifiant. Comme le disait un mathématicien et philosophe, René thom, ce qui limite la vérité, ce n'est pas l'erreur, mais l'insignifiance...
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Steve Bourget - Inscrit
    12 octobre 2011 14 h 29
    Tout sauveur n'est pas un messie
    Je pense que l'auteur de l'article tombe dans une telle insignifiance, non par de simples erreurs factuelles (il y en a : son interprétation du messianique est très faible, il ne tient pas compte de l'historicité fondamentale du phénomène messianique, que le messie n'est pas un héros ni un saint et donc que le sacrifice de sa vie ne suffit pas à faire de quelqu'un un messie, que le messianisme est étroitement lié au problème politique, puisqu'il vise la communauté et l'existence humaines, etc.) mais par la non pertinence du rapprochement qui demeure vague et superficiel. De plus, le but de l'auteur a de quoi faire frémir, par sa bonhommie droitiste. En effet, selon l'auteur, le but de la lecture de cette série (de littérature jeunesse, je le rappelle), serait d'éduquer le citoyen moyen ou le peuple, ces deux termes semblant synonymes pour l'auteur. Bref ,le citoyen moyen est un enfant.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Steve Bourget - Inscrit
    12 octobre 2011 14 h 30
    tout sauveur n'est pas un messie
    Ainsi que la matière d'Aristote, le peuple purement passif attendrait sa forme délivrée par une élite pensante qui traduirait en termes simples, la littérature jeunesse, un message philosophico-religieux. Et l'auteur va même jusqu'à la menace que si le peuple ne peut comprendre le message, il faudra peut être revoir son droit à se prendre en charge. Il y a tant de propos aberrants dans ce texte qu'une simple réplique ne saurait suffire. La popularité de ce phénomène ce n'est pas nécessairement parce qu'il serait une vulgarisation des valeurs chrétiennes, que Rowling véhiculerait, en fait ces valeurs se sont universalisées et même si les lecteurs de cette série ne se réclament pas nécessairement du christianisme, ils en partagent peu ou prou les valeurs. Ce phénomène se comprend tout autrement et un parallèle avec d'autres séries jeunesses, comme par exemple Twilight, serait de mise afin de rendre compte de la popularité mondiale d'une telle série. Popularité qui pourrait s'expliquer en bien d'autres termes que ceux du messianisme. Il semble que s'il était question de ''nul'' ici, ce n'était pas forcément des destinataires dont il était question.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Matulu Tremblay - Abonné
    13 octobre 2011 07 h 01
    Une thèse de philo...
    Très songé.

    Inconsciemment, le "parfait à lunettes, prébubère" ne m'a jamais attirée. Suis peut-être allergique au messie ou à la thèse du messie.

    Bel éclairage, Monsieur le professeur.

    Pour revenir sur le plancher des vaches, monsieur le philosophe, seriez-vous le Louis Dugal de Chicoutimi, dans une autre vie?

    Si vous êtes deux Louis Dugal, ce nom-là n'est pas rien....
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
17 réactions
25 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012