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Le patron de Radio-Canada est impatient de connaître l’ampleur des compressions

La Presse canadienne   10 février 2012 17h43  Médias
Hubert Lacroix a confié qu’il se demandait si les compressions budgétaires qui frapperont la société d’État allaient empêcher CBC/Radio-Canada de respecter les engagements pris dans son plus récent plan stratégique.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Hubert Lacroix a confié qu’il se demandait si les compressions budgétaires qui frapperont la société d’État allaient empêcher CBC/Radio-Canada de respecter les engagements pris dans son plus récent plan stratégique.
Le président-directeur général de CBC/Radio-Canada, Hubert Lacroix, est impatient de connaître l’ampleur des compressions budgétaires qui frapperont la société d’État.

Le président-directeur général de CBC/Radio-Canada, Hubert Lacroix, craint que les compressions budgétaires imminentes empêchent la société d’État de respecter son plan de développement.

«Les questions qui me préoccupent maintenant, à quelques semaines du budget [fédéral], sont très simples: combien de dollars nous serons retirés et à quelle vitesse? Serons-nous en mesure de respecter les engagements détaillés dans notre plan stratégique? Combien d’emplois seront touchés par ces compressions?» a-t-il déclaré dans un discours prononcé vendredi devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Le plan quinquennal de CBC/Radio-Canada, baptisé «Partout, pour tous», vise à accroître la quantité de contenu canadien, à améliorer les services offerts aux régions et à bonifier l’offre numérique.

Le gouvernement conservateur de Stephen Harper a demandé aux ministères et organismes fédéraux de préparer des scénarios qui permettront de retrancher entre cinq et 10 % à leurs budgets de fonctionnement.

«Lorsqu’on lit les feuilles de thé, on pense que ça va être plutôt vers les 10 %, a indiqué M. Lacroix. Je n’ai aucune idée de la compression finale. Lorsqu’on l’aura, on regardera ce que ça veut dire pour nous et on s’ajustera en conséquence.»

Pour CBC/Radio-Canada, qui reçoit d’Ottawa 1,1 milliard par année, la ponction pourrait dépasser les 100 millions. L’impact sur les programmes du diffuseur public risque cependant d’être encore plus grand puisqu’il faudrait ajouter à cette somme les indemnités de départ à verser aux employés licenciés.

On ne sait pas encore de combien de temps disposera la société d’État pour «encaisser» les compressions. Selon certains, la période de transition de trois ans évoquée dans un premier temps serait raccourcie.

Hubert Lacroix et son équipe n’ont pas tenté de persuader les conservateurs d’épargner CBC/Radio-Canada. «Il est difficile d’être contre la vertu ou l’objectif déclaré par le fédéral d’assainir nos finances publiques», a-t-il dit aujourd'hui.

Le dirigeant a tout de même rappelé que les compressions de quelque 171 millions (incluant les indemnités de départ) effectuées en 2009 s’étaient traduites par la suppression de 800 postes permanents.

Incontournables subventions

M. Lacroix a d’autre part soutenu que l’industrie canadienne de la radiodiffusion, y compris les réseaux de télévision privés, ne pourrait pas survivre sans l’appui financier des gouvernements, à moins de s’en remettre exclusivement à du contenu produit à l’étranger.

«Toutes les entreprises médiatiques faisant partie de l’écosystème de radiodiffusion au Canada reçoivent un appui considérable d’entités comme le Fonds des médias du Canada et le Fonds pour l’amélioration de la programmation locale et, directement ou indirectement, des avantages fiscaux ou réglementaires», a-t-il souligné.

Selon ses calculs, les diffuseurs privés reçoivent environ 900 millions par année en subventions et autres «avantages publics». Quebecor, féroce concurrent de CBC/Radio-Canada au Québec, a touché près de 500 millions des gouvernements au cours des trois dernières années lorsqu’on inclut sa filiale Vidéotron, a ajouté Hubert Lacroix.

«Il n’existe aucun modèle économique viable capable de soutenir une industrie intrinsèquement canadienne de la radiodiffusion [sans soutien public], a-t-il avancé. Il est beaucoup trop facile et rentable d’acheter et de présenter des émissions étrangères à l’écran plutôt que d’investir dans le développement d’émissions canadiennes.»

M. Lacroix a martelé que CBC/Radio-Canada, qui coûte annuellement 34 $ par citoyen à l’État, en offrait amplement pour leur argent aux Canadiens. Il a rappelé que le diffuseur public proposait beaucoup plus d’émissions canadiennes que ses concurrents privés, surtout ceux de l’extérieur du Québec.

Le p.-d.g. a estimé que la privatisation de CBC/Radio-Canada était «une mauvaise idée». Séparé de l’État, le diffuseur investirait moins dans les productions canadiennes, ce qui aurait un impact négatif sur l’économie, a-t-il prédit, citant une étude du cabinet comptable Deloitte publiée l’an dernier.

Hubert Lacroix a par ailleurs déploré les attaques régulières dont fait l’objet CBC/Radio-Canada de la part des médias appartenant à Quebecor.
 
 
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