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Marijuana et médecine - Une prescription politique et non scientifique

Yves Lamontagne - Président du Collège des médecins du Québec  15 juin 2010  Santé
Les preuves scientifiques des vertus théra-peutiques de la marijuana manquent encore.
Photo : Agence Reuters Jerry Lampen
Les preuves scientifiques des vertus théra-peutiques de la marijuana manquent encore.
La première responsabilité du Collège des médecins du Québec est de s'assurer que les médecins du Québec pratiquent une médecine de qualité. Or, la prescription de marijuana ne répond pas actuellement à ces critères de qualité. Comme nos collègues canadiens, nous croyons que le cadre idéal pour permettre aux malades d'utiliser la marijuana aurait été un projet de recherche, que Santé Canada devait financer à l'Université McGill et à Toronto, et qui n'a jamais été mis en branle. Cela aurait permis aux médecins d'obtenir des données probantes face à l'utilisation thérapeutique de la marijuana et d'éviter la confusion qui entoure encore ce sujet.

En effet, plusieurs questions se posent toujours face à cette utilisation. Une récente revue de littérature démontre que la marijuana est peu efficace pour traiter la douleur. Par ailleurs, comment s'assurer du contenu de substance active d'un producteur à l'autre? Quelle est la dose efficace pour une pathologie donnée? Quels en sont les contre-indications et les effets secondaires, notamment pour les patients qui ne sont pas en phase terminale, souffrant de sida, de sclérose en plaques ou d'arthrite sévère? Quelles sont les interactions médicamenteuses de ce produit avec les autres médicaments que ces malades utilisent? Quels sont les effets à long terme de ce type de traitement? Pourquoi les médecins devraient-ils engager leur responsabilité pour un produit dont l'efficacité et l'innocuité n'ont pas été démontrées de façon certaine par la recherche? Pourquoi les médecins deviendraient-ils les gardiens d'un produit qui n'a pas subi d'évaluation rigoureuse? Combien de personnes tenteront de mentir à leur médecin afin d'obtenir le produit? Dans combien de cas, un refus entraînera-t-il la rupture de la confiance mutuelle entre un patient et son médecin? Pourquoi faut-il qu'au Canada la découverte de tout médicament doive être approuvée par le gouvernement fédéral à la suite de mesures rigoureuses et sévères de recherche et que, dans ce cas-ci, on saute complètement cette étape?

«Entourloupettes»

Le gouvernement fédéral a complètement oublié que le médecin est un scientifique qui soigne des malades selon des méthodes qui ont été soumises à des procédures expérimentales éprouvées.

Cette loi résulte d'un jugement de la Cour plutôt que de l'évidence scientifique. Les médecins n'ont pas à répondre à des entourloupettes politico-judiciaires et à s'impliquer dans ce dossier tant qu'ils ne disposeront pas de données précises sur la posologie, l'innocuité et l'efficacité de ce traitement.

Entre le moment où une nouvelle molécule est découverte dans le laboratoire d'une compagnie pharmaceutique et celui où le produit se retrouve sur les tablettes du pharmacien, il faut de 10 à 15 ans d'études rigoureuses en pharmacologie. Nous savons également qu'une molécule sur mille traversera toutes les phases du processus de recherche pour devenir un médicament reconnu. Pourquoi ne pas suivre le même processus dans ce cas-ci?

Le patient a le droit de croire en la vertu thérapeutique d'une plante, que ce soit les effets bénéfiques du ginseng ou de la luzerne, et chaque citoyen doit pouvoir être capable de décider lui-même s'il s'adonne à ces produits sans la permission de son médecin. Cela n'a aucun rapport avec la médecine, qui elle, doit avoir une approche scientifique. D'ailleurs, aux États-Unis, près de 50 % des patients qui s'adressent à leur médecin de famille leur avouent s'adonner à la prise de produits naturels de toutes sortes. Que l'on décriminalise l'utilisation de la marijuana pour les patients, soit, mais qu'on légalise l'effet thérapeutique de ce produit sans preuve scientifique et en faisant porter aux médecins la responsabilité professionnelle et le fardeau bureaucratique de cette décision éminemment politique, c'est une autre histoire.

Des recherches


Les médecins sont conscients des douleurs parfois continuelles que vivent certains grands malades et pour lesquels la médication prescrite a peu d'effets. Voilà pourquoi, bien souvent, ils laissent à ceux-ci l'initiative de trouver certains produits qui pourraient les aider et ils tentent le mieux possible de les conseiller à ce sujet. Même si parfois il n'y a qu'un effet placebo, dans la mesure où les souffrances du malade peuvent être atténuées, le médecin ne fera pas de commentaires sur ces initiatives prises par le malade et sa famille. Par contre, lorsqu'il s'agit d'étendre un traitement à l'ensemble de la population, il est évident que, dans la médecine nord-américaine, des recherches scientifiques concluantes doivent d'abord être menées avant d'en arriver à désigner un traitement comme scientifiquement reconnu. Tel est le problème en cause ici.

Les défenseurs de la marijuana ont rejeté le rôle de la preuve scientifique et l'ont remplacée par l'action politique. La situation actuelle est liée au fait que le gouvernement fédéral a pris le risque de faire dévier la marijuana médicale vers l'utilisation de la substance de façon récréative. Les législateurs doivent être plus sceptiques quant aux bénéfices médicaux de la marijuana. La décriminalisation et la législation sur la marijuana en tant que drogue récréative ne doivent pas être instaurées par des lois liées à l'utilisation médicale du produit. Les décideurs politiques ne doivent pas aller à l'encontre des données probantes scientifiques en décrétant que la marijuana est un agent pharmaceutique approprié. Ce n'est pas la façon dont les médecins canadiens pratiquent la médecine moderne.

***

Yves Lamontagne - Président du Collège des médecins du Québec
 
 
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  • Jean Laporte
    Abonné
    mardi 15 juin 2010 07h50
    Je ne vous suis pas!
    Le cannabis est une substance qui est millénaire dans son utilisation et fort rependu chez-nous, donc les observations directes sont possibles. En plus déjà dans les années 70, plusieurs universités faisaient des recherches pointues sur cette drogue. Indiscutablement l'appétit est stimulé par le cannabis...alors le texte de M. Lamontagne me semble plus une désinformation et me laisse perplexe. M. Lamontagne joue au politicien malgré lui?

  • Andre Sirois
    Inscrit
    mardi 15 juin 2010 10h02
    Faut-il toujours réinventer la roue?
    Faut-il toujours réinventer la roue? Avant de se fendre d'un article pareil, le docteur Lamontagne devrait faire un peu de recherches ou demander à ses assistants d'en faire.
    Dans les années 1970, la Commission LeDain et d'autres (la Commission suédoise et la Commission néo-zélandaise notamment) ont fait ou commandité des recherches très poussées sur l'utilisation médicale de la marijuana et ces travaux et leurs résultats sont considérés comme très complets et très sérieux. De plus, ils sont publics. Là où le docteur Lamontagne a raison c'est lorsqu'il dit qu'il s'agit de décisions politiques plutôt que médicales. Les chercheurs de la Commission LeDain, dont je faisais partie, en étaient bien conscients à l'époque. Et cela m'a été confirmé par la suite quand j'étais au ministère de la Santé et que le ministre Munroe, qui envisageait la possibilité de décriminilaser la marijuana, m'envoyait régulièrement ses assistants afin de me sonder pour savoir quelle serait la réaction publique à la décriminalisation. Finalement, il ne l'a pas faite. Mais cela ne change rien à la valeur des travaux qui ont été faits et qui n'ont jamais été infirmés par la suite. Pourquoi devrait-on gaspiller des fonds publics pour reprendre des travaux déjà faits. Le docteur Lamontagne devrait commencer par en prendre connaissance avant de se prononcer publiquement et de faire des affirmations erronées.
    André Sirois,
    avocat

  • Guillaume L'altermontréaliste
    Inscrit
    mardi 15 juin 2010 11h46
    L'usage récréatif est le vrai débat
    La stratégie militante de faire accepter le cannabis premièrement comme médical a été bonne pour la Californie à l'époque ou la question de la légalisation du cannabis naissait (dans les 1990s) ; les politiciens, à l'époque, ne pouvaient aller guère plus loin que de permettre un usage thérapeutique-expérimental du cannabis. C'était en 1996, par un référendum d'initiative populaire en Californie.

    Dans ce sens je suis d'accord avec vous qu'on ne doit plus aborder le débat politique de la légalisation en justifiant son usage médical ; il constitue tout au plus 1% de la consommation de cannabis.

    Reste qu'on doit faire face à cette question de l'usage récréatif et que maintenant des politiciens osent l'aborder ; la Californie (encore) tiendra en novembre prochain un référendum sur la question.

    Nous avons déja eu ce genre de débat par rapport à la légalisation de l'alcool (1919) et, aujourd'hui, personne en reviendrait à la situation qui prévalait lors de la prohibition de l'alcool.

    La fin de la prohibition du cannabis est un débat qui touche plusieurs aspects et acteurs de la société ; politiciens de toutes les juridictions, policiers et juges, les médecins aussi... Au niveau municipal de Montréal, on peut se demander si courir après les club compassion plutôt que les dealers du square berri, si faire payer les commerçants de la place dupuis au lieu de permettre à la SAQ d'en prendre le contrôle, bref si financer le crime organisé plutôt que nos soins de santé est une bonne idée.

    M.Lamontagne, je préférerais vous entendre sur les impacts d'une légalisation récréative du cannabis et sur les impacts sur un retour à la prohibition de l'alcool ; veuillez faire passer le débat sur ce terrain.

    Guillaume Blouin-Beaudoin

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