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Libre opinion - La vie en rose...

Marie-Claude Gagnon - Montréal  23 janvier 2012  Santé
En avril dernier, une nouvelle m'assomme. «Madame, vous avez un cancer du sein stade 2, nous allons devoir vous enlever le sein gauche.» Et vlan, je suis en état de choc: moi, pourquoi moi? J'ai 37 ans, trois enfants que j'ai allaités, je ne fume pas, je ne fais pas d'embonpoint, je ne bois pas, pourquoi moi?

Car la vie, c'est aussi ça, des événements imprévus qui surgissent et qui transforment notre vie. Dans mon malheur, j'avais aussi une chance, j'avais le cancer rose, celui qui se traite bien, celui dont on parle partout, celui qui attire la sympathie, celui dont on discute ces jours-ci en raison du documentaire de Léa Pool, L'industrie du ruban rose. On me rassure, certains spécialistes banalisent aussi parfois ma situation: «Un cancer du sein, ce n'est pas la fin du monde, c'est juste un sein et on va le reconstruire!»

Et pourtant... Lorsque pour la première fois on le vit au quotidien, je peux vous dire que la vie n'est pas rose. Perdre un sein, c'est perdre une partie de sa féminité, c'est voir son corps se transformer et devoir s'habituer à un nouveau regard, le sien, celui de son amoureux et de ses enfants. C'est aussi envahir son corps de drogues fortes qui font tomber les cheveux, qui sucent l'énergie, qui envahissent le moral.

On se sent alors englouti par une vague de laquelle on tente d'émerger. On se transforme au cours de ces mois dans les hôpitaux, on apprivoise notre état, on s'habitue et on finit par accepter. On devient combattante, on veut vivre et on veut que la maladie nous transforme et vienne changer le cours de notre vie de façon positive. Alors là, oui, on veut mettre des lunettes roses pour voir autrement.

Cela ne m'empêche pas d'être d'accord avec ce fait: oui, le cancer du sein tel qu'il est présenté dans les médias prend souvent une image de beauté. On voit sur des photos des femmes heureuses, belles, bien dans leur peau, comme si la maladie n'existait pas. Comme si nos pleurs, nos moments de déprime et de colère, notre teint pâle et notre fatigue n'étaient pas réels. On croit aussi que c'est dans les produits de beauté, les perruques et le maquillage que l'on va arriver à passer à travers.

J'ai moi aussi pensé que cela allait m'aider à accepter, à vivre la maladie et à tenir le sourire, comme dans les revues. Aujourd'hui, je peux dire que j'ai choisi de vivre avec l'image du cancer comme elle est. Je n'ai pas porté la perruque, je n'ai pas caché mes cernes ni mis du rouge sur mes joues. C'est le regard de mes enfants et de mon amoureux qui m'ont aidée à passer à travers les six derniers mois. C'est le soutien de mes parents qui m'a poussée à ne pas baisser les bras. C'est la solidarité de mes amis qui m'a aidée à ne pas sombrer dans la déprime.

Qu'il soit rose, bleu, rouge, le cancer ou la maladie se vivent mieux lorsque nous avons la chance d'être entourées et acceptées comme nous sommes. C'est le soutien qui fait la différence dans le combat; le reste, c'est des béquilles que l'on peut utiliser dans les creux de la vague. Merci, Emma, Clara, Antoine, Frédéric, maman, papa et tous mes amis. Merci d'avoir été mes lunettes roses et de m'avoir permis de voir la vie en rose alors qu'elle sombrait dans le noir.

***

Marie-Claude Gagnon - Montréal
 
 
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  • Jean Tremble - Inscrit
    23 janvier 2012 08 h 56
    Une partie de plaisir…
    Chère madame,

    C’est bien vrai que parfois à notre époque, l’on nous présente le traitement de certaines maladies comme une partie de plaisir…

    Mais moi, je compatis à vos angoisses.

    Recevez ma sympathie.
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  •  
  • Rémi Bourget - Inscrit
    23 janvier 2012 11 h 11
    Merci et bon courage
    Chère madame,

    Merci beaucoup pour ce très beau texte, empreint de vulnérabilité. Merci d'avoir livré ce témoignage émouvant. Bon courage à vous et à vos proches dans cette épreuve. Nos pensées sont avec vous.
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  • Hélène Morin - Abonnée
    23 janvier 2012 12 h 57
    Bientôt le printemps!

    Quel beau texte Marie-Claude. Sachant où tu es aujourd'hui, je trouve que ce texte est une fois de plus un très solide outil que tu te donnes pour combattre. Te suivant sur Facebook, je sais que tu exprimes régulièrement tes joies et tes peurs, tes colères.
    Te connaissant au travail, je sais que tu ne lâches jamais et que tu exprimes là aussi ta colère contre le système et tes joies par rapport aux gains faits dans la lutte pour l'accès aux services et à ceux faits au jour le jour par des battants et des battantes qui font un pas de plus vers leur autonomie et leurs rêves.
    Tu te bats tellement pour toutes ces personnes qu'aujourd'hui tu peux te permettre de t'appuyer sur leur volonté, leur détermination pour passer à travers cette épreuve. De tout coeur avec toi.
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  •  
  • sylvie poirier - Inscrite
    23 janvier 2012 13 h 19
    nouveau regard face à la vie
    Chère madame Gagnon, je comprend tout à fait ce que vous vivez, je suis dans le processus en attente de radiothérapie, puis peut-être chimio par la suite, la seule vraie façon de voir ce nouveau défi est d'apprécier la vie peu importe ce que nous traversons et de vivre au jour le jour, adieu les projets, et le fait d'être entourée adéquatement augmente de beaucoup les chances de guérison. Le reste n'est que secondaire, je me fous de mes cheveux et à la limite de la perte de mon sein. La reconstruction mammaire est maintenant disponible, nous sommes excessivement chanceuses, plusieurs femmes avant nous n'ont pu profiter de ces avancées de la science. Mais nous sommes vivantes, pour nous, pour notre conjoint, pour nos enfants, c'est mon plus grand bonheur!
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  • France Marcotte - Abonnée
    23 janvier 2012 15 h 14
    La réalité est tellement plus émouvante
    On voudrait bien la cacher, on dit qu'elle est laide, qu'il faut la sublimer mais la réalité, même de la maladie, est tellement plus émouvante et plus humaine que ce que les marchands de bonheur voudraient nous voir en faire.

    Dehors, vendeurs de pacotilles, faites place à la réalité.
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