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Libre opinion - Le mirage d'une clinique médicale idéale

Guillaume Langlois, médecin du village de Sainte-Gertrude  31 janvier 2012  Santé
Lorsque les gens de Sainte-Gertrude, apprenant que j'habitais dans leur village, sont venus me rencontrer pour me demander de travailler chez eux, je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait.

On m'avait promis une équipe, forte, unie, prête à tout pour sauver sa communauté. Une quinzaine de personnes, avec l'appui de plus de 2000 membres, m'ont fait miroiter un avenir heureux, une pratique médicale idéale, des projets à n'en plus finir. On m'a promis la lune, un monde de rêves, un rempart contre le vent de folie de notre système de santé. Un vent qui souffle l'espoir des jeunes médecins comme une chandelle.

J'y ai entrevu des possibilités infinies. Un moyen d'échapper aux contraintes du gouvernement et de ses lois de plus en plus complexes et exigeantes, de ses règlements qui nous obligent à toujours plus de gestion, nous maintiennent en contentions. J'y ai surtout vu le moyen de me consacrer à ce que je sais faire de mieux: soigner, traiter, guérir, accompagner.

J'y ai vu la possibilité de monter des cliniques spécialisées: mini-chirurgie, diabète, dépistage, gynécologique, musculo-squelettique. J'ai voulu innover, accroître mon efficacité et mon expertise, repousser les limites de l'impossible. J'ai surtout voulu montrer à l'ensemble du Québec qu'un médecin bien organisé, bien équipé, bien entouré, peut décupler ses capacités.

Pendant trois ans et demi, j'ai été à la tête d'une clinique de plus de 3000 patients. À bout de bras, j'ai supporté leurs joies, leurs peines. Avec eux, j'ai côtoyé la mort, la souffrance, le désespoir. J'ai vibré au rythme de leurs états d'âmes, j'ai pleuré et prié pour eux. J'ai aussi eu mon lot de bonheur, mes joies immenses. J'ai soigné et soutenu ces gens de mon mieux, avec tout mon coeur et ma dévotion. J'ai sauvé une centaine de vies, et aidé une centaine d'autres à partir en paix. Des miracles, j'en ai vu des dizaines, témoin privilégié de l'impossible.

À 31 ans, j'ai l'impression d'avoir vécu plus que ma propre vie.

Malheureusement, pendant tout ce temps, je n'ai pu qu'entrevoir, au loin, le mirage de ma clinique idéale. La surcharge de travail qui devait être temporaire, une simple crise de courte durée, s'est prolongée, éternisée. L'équipe unie qui a oeuvré à m'attirer a éclaté. Les projets ont rapidement stagné, se sont figés. J'ai dû passer des milliers d'heures à gérer, négocier, rencontrer, convaincre, superviser, encourager, réconcilier... alors que mon seul désir était de soigner.

L'aide du Groupe de médecins de famille n'est jamais arrivée, l'infirmière spécialisée nous a encore à ce jour été refusée. Quant à l'aide gouvernementale... entre vous et moi, on n'y a même jamais vraiment pensé! Les lois contre les coops de santé se sont multipliées, l'étau s'est resserré. Dans les journaux, nous avons été condamnés. L'appui populaire s'est effrité.

C'est donc l'âme et le coeur usé que j'écris ces mots. Je suis fier de ce que nous avons accompli. Je suis fier de toutes nos réalisations. Mais le rempart n'a jamais véritablement existé. Le vent n'a jamais cessé de souffler.

Les jeunes médecins en région sont condamnés. Les campagnes sont oubliées. Toutes les lois soufflent vers les grands centres, y propulsent les nouvelles recrues impuissantes. Elles déracinent ceux qui veulent s'épanouir dans les villages, ceux qui rêvent de proximité. Et cette tendance est loin de se renverser. Tout s'accélère, tout se complique.

Je ne sais pas où tout ceci va nous mener, mais je suis certain que ce n'est pas dans la bonne direction. Je suis témoin impuissant d'un échec retentissant.

J'ai beau hurler, crier, il n'y a plus rien à espérer, les dés sont depuis trop longtemps jetés.

***

Guillaume Langlois, médecin du village de Sainte-Gertrude
 
 
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  • Suzanne Bettez - Abonné
    31 janvier 2012 07 h 44
    ''Les dés sont depuis trop longtemps jetés''
    Je veux vous dire, Guillaume Langlois, que je vous ai lu avec attention ce matin. J'apprécie, en tant que simple citoyenne, votre témoignage essentiel pour nous aider à prendre conscience de l'importance de nous impliquer dans nos communautés pour les maintenir vivante.

    Le fameux ''exode des cerveaux'', c'est aussi celui de tous ces jeunes médecins qui veulent vite de la reconnaissance dans les grands centres et pour qui on déroule le tapis rouge.

    Merci de nous dire ce matin qu'il y a aussi la race de médecins qui exerce la profession médicale avec l'intelligence du coeur.

    Suzanne Bettez
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  • B Landry - Inscrit
    31 janvier 2012 09 h 29
    Obstacle à la prise en main de notre santé...
    " Les lois contre les coops de santé se sont multipliées, l'étau s'est resserré." j'ai relève ceci du texte du Dr Langlois. On dit souvent au Québec que le privé serait la panacée pour régler nos problèmes liés à la gestion du réseau de la santé. Les coops gérés par les citoyens ce ne serait pas un bon compromis ?

    Pourquoi autant d'obstacles lorsque les citoyens tentent de se prendre en main ?

    Est-ce qu'il n'y a que l'horizon de cliniques qui pourront faire l'objet de spéculation de possible ?
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  • SNost - Abonné
    31 janvier 2012 12 h 15
    Omnipraticien n'égale pas omnipotent
    "Gérer, négocier, rencontrer, convaincre, superviser, encourager, réconcilier", ne font pas partie de votre formation de médecin.

    Vous pourriez peut-être vous adjoindre un conseiller en cette matière, ponctuellement. Trouver les moyens n'est pas évident, j'en conviens. Surtout que seul un médecin est autorisé à discuter avec un médecin dans le réseau, c'est bien connu...

    Bien que médecin et de bonne volonté, vous n'êtes pas omnipotent. Le premier pas vers le succès sera de le reconnaître, humblement. Même chose pour vos interlocuteurs...
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  • Simon Chamberland - Inscrit
    31 janvier 2012 21 h 56
    Que d'arrogance d'un anonyme
    SNost

    Votre message est tellement arrogant. Vous commencez par traiter des limites de la formation d'un médecin, même si vous ne connaissez pas cette formation, et par le fait même vous impliquez que hors de la formation les médecins sont limités.

    Par la suite, sans connaître rien de la situation financière de la clinique, vous proposez des solutions, en disant du même souffle, sans preuve, que les médecins ne prennent des avis que des médecins.

    Vous terminez par un appel à l'humilité. Je ferai de même, mais pour vous. Avant de vous lancer dans vos analyses, il vous faudrait vous renseigner. Vos convictions et préjugés vous rendent arrogance. L'humilité vous ferait du bien.
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  • agatha - Abonné
    31 janvier 2012 22 h 59
    Courage, Dr Langlois!
    L'"âme et le coeur usés"? Blessés, balfrés, je veux bien le croire, mais usés?
    "il n'y a plus rien à espérer"? Tout ce qui fut accompli en ces trois ans et demi, c'était la réalisation de certains des espoirs d'avant. Peut-être pas tous les espoirs, certainement pas la clinique idéale. Il y a peut-être mille raisons de se décourager. Mais vos patients espèrent sûrement encore avec vous et parfois même grâce à vous.
    Les "milliers d'heures passées à gérer, négocier" etc, c'est de la défense des intérêts de vos patients. Vous êtes formé pour ça, et si j'en juge d'après la lettre publiée ici, vous avez du talent. Bon, vous n'aimez visiblement pas tellement ça mais bien des cuisiniers n'aiment pas faire la vaisselle non plus!
    Courage, Dr Langlois! Je suis médecin aussi, votre cri fait écho à mes angoisses et m'a fait du bien, reprenez votre bâton de pélerin, je fais de même. Les idéaux sont faits pour guider nos tout petits pas vers eux.
    Et puis, une suggestion pour vous sentir moins seul à défendre votre idéal de la médecine rurale: le groupe Médecins québécois pour le régime public.
    http://www.mqrp.qc.ca/
    H. Fortin
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  • Sylvain Auclair - Abonné
    1 février 2012 10 h 03
    À la tête d'une clinique?
    Y avait-il d'autres médecins avec vous? Parce que le ratio recommandé est de un médecin pour 1500 patients. Si vous étiez deux, vous aviez une charge «normale» de travail.

    Et vous rendez-vous compte que vous viviez le rêve de bien des médecins, qui se disent entrepreneurs et vont jusqu'à vouloir s'incorporer en compagnie?
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  • SNost - Abonné
    9 février 2012 18 h 54
    @ S. Chamberland
    J'ai assez de preuves au sujet de ce que j'affirme pour en faire une thèse de doctorat. Ceci dit, je ne prétends qu'à exprimer une simple opinion.

    Le fait d'être anonyme ne change rien à la teneur de mes propos.
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