dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 22h46
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

H5N1: un comité recommande la censure

Pauline Gravel   1 février 2012  Science et technologie
Le virus H5N1 (teint en marron). Des chercheurs ont créé des mutants de cette souche de la grippe aviaire qui seraient capables de se transmettre entre mammifères, voire entre humains.<br />
<br />
Photo : Agence Reuters
Le virus H5N1 (teint en marron). Des chercheurs ont créé des mutants de cette souche de la grippe aviaire qui seraient capables de se transmettre entre mammifères, voire entre humains.

Les magazines scientifiques Science et Nature publiaient hier les explications formulées par le Bureau national américain de la science pour la biosécurité (NSABB) qui recommande de censurer pour des raisons de sécurité deux articles scientifiques qui décrivent par le menu comment ont été créés des mutants de la souche H5N1 de la grippe aviaire, lesquels mutants seraient désormais capables de se transmettre entre mammifères, voire entre humains — et de ce fait, feraient réapparaître le spectre d'une pandémie.

Le NSABB craint que «la publication des détails des deux expérimentations [ayant abouti à la création de ces mutants] aide des individus, des organisations ou des gouvernements malveillants à mettre au point des virus semblables qu'ils utiliseraient pour faire du mal». Les membres du NSABB ont estimé que «les risques pour la santé publique [d'une utilisation à mauvais escient de cette information] sont exceptionnellement élevés compte tenu de la vulnérabilité du public et du niveau de préparation des organismes de santé publique à un tel événement».

Le NSABB croit qu'en expurgeant des articles «la description de la méthode d'expérimentation et certains résultats, la société pourra bénéficier» des découvertes effectuées par ces deux équipes de scientifiques, «tout en minimisant les risques». Les membres du comité admettent que la découverte «des routes évolutives que les virus de la grippe aviaire A(H5N1) peuvent emprunter pour s'attaquer aux humains pourrait permettre de mieux se préparer et de mettre au point de nouvelles stratégies de contrôle de la maladie», mais ils restent persuadés que les risques excèdent les bénéfices.

Le NSABB recommande aussi la tenue d'un moratoire durant lequel les communautés scientifique, de santé publique et politique discuteraient de la pertinence de ces recherches, dont les résultats sont à double tranchant.

Une censure inutile

Peter Tyjssen, spécialiste de la virologie moléculaire au Centre INRS-Institut Armand-Frappier, croit toute censure inutile. «Les personnes mal intentionnées finiront toujours par trouver ces informations, et par savoir comment faire, peut-être un peu plus tard, mais sûrement», dit-il tout en comparant la situation actuelle à celle qui prévalait en 1975 lorsque Paul Berg (futur Prix Nobel de chimie en 1980) en appela à un moratoire sur les manipulations génétiques. Il réunit alors 150 chercheurs venus des quatre coins du monde à Asilomar en Californie pour en discuter. «On a eu beaucoup de mal à autoriser les manipulations génétiques, mais aujourd'hui tous les étudiants en font couramment.»

La viro-immunologiste Lucie Lamontagne, du Département des sciences biologiques de l'UQAM, s'oppose à la censure en recherche fondamentale. «Les résultats de la recherche sont des connaissances qui doivent être disponibles à l'ensemble de l'humanité», dit-elle.

De toute façon, «tout travail ayant une valeur très positive pourrait être utilisé par des gens mal pensants pour perpétrer des actes terroristes et dangereux. Si l'on appréhende la recherche comme cela, on se retrouvera dans une chasse aux sorcières. Aujourd'hui, dans les universités, les étudiants diplômés apprennent à maîtriser les techniques leur permettant de faire très facilement des modifications génétiques en utilisant des produits qui sont commercialement disponibles. Des personnes ayant de mauvaises intentions n'ont donc pas besoin d'attendre la publication d'un nouvel article dans Nature ou Science pour les concrétiser», déclare la chercheuse.

Bien qu'elle se dise incapable de juger du danger potentiel des deux publications qu'elle n'a pas eu l'occasion de lire, Lucie Lamontagne affirme que si les articles précisent que «tels gènes bien précis ont été modifiés de telle façon [pour que le virus puisse s'attaquer aux humains], il s'agit là d'une grande avancée, dont la publication est parfaitement justifiée, voire extrêmement importante pour que l'on puisse dépister rapidement le virus avant qu'il ne devienne trop virulent et pour préparer des vaccins, des médicaments plus ciblés et donc plus performants».

Dépistage

À l'instar de ses collègues, Éric Frost, du Département de microbiologie et d'infectiologie de l'Université de Sherbrooke, n'apprécie guère la censure: «Si les chercheurs ont trouvé ce dont a besoin le virus pour devenir dangereux, ce serait important pour moi de le savoir pour que je puisse dépister ces caractéristiques dans les isolats de H5N1 qui me tomberont entre les mains.»

Selon lui, «des bombes permettraient de mieux viser les cibles à détruire qu'un micro-organisme, comme le virus de la grippe H5N1, sur lequel les terroristes n'auront aucun contrôle et qui risque de les tuer également».

Éric Frost rappelle qu'on a publié en 2005 la séquence complète du virus de la grippe responsable de la pandémie de 1918, un virus qui est encore très pathogène. «Or, les terroristes ne l'ont toujours pas utilisée. Quelle différence y a-t-il entre cette séquence et celle du H5N1 qui a été modifiée?» demande-t-il.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Airdutemps - Inscrite
    1 février 2012 07 h 00
    Pas de jugement
    Avoir du génie ne donne pas nécessairement de jugement. C'est bien connu.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • AML - Inscrit
    1 février 2012 08 h 39
    nouvelle pandémie à l'horizon...
    Bon, ils s'y prennent d'avance... ils préparent tranquillement le terrain en nous lançant des informations par-ci par-là sur le sujet... et bientôt, ils nous annonceront une nouvelle pandémie aussi imaginaire que celle du H1N1... En espérant qu'ils ne rendent pas la vaccination obligatoire d'ici là !
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • SNost - Abonné
    1 février 2012 11 h 15
    pas que les terroristes!
    À moins que les américains veulent donner à leur industrie pharmaceutique le privilège de déployer ce virus à grande échelle , avec les milliards de profits que cela représente...

    On a des terroristes de la finance aussi...
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • camelot - Inscrit
    1 février 2012 12 h 16
    Le sida aussi
    A été répandu à l'échelle planétaire par des équipes médicales en Afrique qui ont contaminé leurs patients avec des aiguilles souillées. C'est beau la science.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Albert Descôteaux - Abonné
    1 février 2012 12 h 37
    procédure normale
    Lors de l'évaluation par les pairs de manuscripts portant sur des agents pathogènes, il est demandé de façon routinière si des informations contenues dans un manuscript pourraient être utilisées à mauvais escient (NSAAB experiment of concern). Honnêtement, faut pas y voir de complot autre que la paranoia liée au bioterrorisme. Un autre "security check", comme dans les aéroports. C'est dans l'air du temps...

    Ce cas-ci est hautement publicisé en raison du virus en cause, et du prestige des revues Science et Nature.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
5 réactions
3 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012